Dimanche, milieu de d’après-midi. J’ai fini mon grand ménage et suis en train d’écrire un nouvel article de blog sous Word, quand mon téléphone sonne.

C’est une jeune collègue de boulot chinoise très sympa qui me demande si je suis libre pour aller manger ensemble. Très enthousiasmée, je réponds oui, et me prépare à une soirée sympa en ville.

 

 

A l’heure où elle vient me chercher en voiture, je découvre avec stupeur une imposante berline blanche rutilante, avec chauffeur… qui n’est autre que notre PDG !

Je réalise donc avec une poite d'horreur que ma gentille collègue n’est autre que la femme du directeur et que nous nous dirigeons tout droit chez eux ! Et l’idée affreuse que je suis assise avec ma casquette et mon mini short élimé et rapiécé sur un siège en cuir noir et rouge rehaussé d’acajou, me rend malade de honte.

 

Le mini short en question

  Le short en question

 

La maison ne déshonore en rien le carrosse en grandeur et en élégance. Les toilettes font au moins 6m², et le couvercle se lève automatiquement à mon entrée dans la pièce (il ne manque que la symphonie n°9 de Beethoven, et je me croirais chez Mr Tanaka, comme dans « Le hérisson »). Madame me propose un jus de Mangue-Orange, et pour patienter, des truffes en chocolat en regardant le Japon gagner au golf. Rien que ça.

Je fais de mon mieux pour parler dans le plus haut-niveau de langage que je connaisse, et me trouver ravie de tout. Ne pas parler du fait que depuis une semaine, le travail manque cruellement à l’atelier, et que je dessine sous Illustrator, avec les encouragements de mon supérieur… Ni que je n’ose pas enlever mes pantoufles sur le tapis comme elle me propose de le faire, parce que mon vernis hideux est tout écaillé, alors que le sien est parfait, avec de petits diamants au milieu de chaque ongle d’orteil…

 

 

Un taxi vert à l’habitacle recouvert de dentelle blanche vient nous chercher à point, et encore une fois, mon derrière a demi recouvert de jean me fait rougir. Le chauffeur nous dépose cependant devant un minuscule restaurant de yakitori (brochettes), à mon grand soulagement.

Il est 17h30.

 

Les cuisiniers sont très gentils, il y en a même un fan des girondins de bordeaux ( !), et la cuisine qui est délicieuse délie vite mon estomac. La langue de mes hôtes se délie au fur et à mesure que les pintes s’alignent devant eux. J’apprends alors que ma bonne humeur est remontée jusqu’au patron, et que c’est pour cela qu’il a tenu à m’inviter au restaurant. Que ma coupe de cheveux fait pâlir plus d’une employée, à cause de mes boucles naturelles. Moi qui avais peur qu’elle soit mal trop excentrique ! Ma charmante collègue devient câline, et me propose de finir la soirée au karaoké.

 

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A ce moment-là, j’ai déjà bu une pinte et deux cocktails. Mais un karaoké au frais du patron, franchement, cela ne se refuse pas. D’autant que j’ai un besoin fou de chanter depuis mon arrivée.

Vu l’état d’ébriété de mes compagnons, enfin, surtout de notre compagne, je m’attends à ce qu’il fasse nuit lorsque nous prenons le chemin du métro.

Il est en fait 19h45.

 

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Le karaoké choisi est celui mon quartier. Tant mieux, je pourrais rentrer à pieds. Je me défoule; chansons japonaises, anglaises et même coréennes. De leur côté, le couple qui commence enfin à se tenir la main et à se regarder sans se cacher, l’alcool aidant, n’est pas en reste.

celine dion

 

 

 

 

 

 

 

  J’ai demandé un jus de fruit, on me sert un cocktail.

 

Je le descends le plus lentement possible, afin de le faire durer toute la soirée, je n’en veux pas d’autre.

Ma voix atteint des sommets. Shania twain, U2, Céline Dion…. Tout y passe.

 

 

A la fin de la soirée, il ne me reste qu’une centaine de mètres à parcourir afin d’être chez moi. Je marche encore droit, mais ce n’est pas le cas de ma collègue éméchée qui se retient au bas son mari aux joues rouges.

Une bouteille d’eau près du lit, et je me suis endormie toute habillée à 22h30, et me suis réveillée comme une fleur le lendemain. Mais j’en connais deux autres qui doivent enfiler les comprimés contre le mal de tête !

 

A la reprise du travail la semaine prochaine, il faudra que je fasse comme si rien ne s’était passé. Comme si je n’avais jamais vu le PDG embrasser sa femme sur la bouche, comme si je n’avais jamais su qu’elle chantais complètement faux, et comme si elle ne m’avait jamais pris dans ses bras en me susurrant que les hommes japonais étaient trop sérieux et pas assez romantiques.

 

Et en bonus, la publicité Kirin, ma bière préférée, dont l'usine se trouve à Nagoya !

 


 
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